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Collaborer ou fuir | ICI.Radio-Canada.ca

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Saïd a obtenu l’asile au Canada après avoir refusé d’espionner des membres de sa communauté pour le compte
des autorités saoudiennes. Accepter aurait mis la vie de ces gens en danger. Il a pris la fuite avec sa
famille, laissant derrière un pays qu’il n’aurait jamais pensé quitter. Voici son histoire.

Par
Gino Harel d’Enquête

7 février 2019 |
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MINUTES DE LECTURE


C’est l’heure de la pause. Saïd s’éloigne un peu de ses collègues pour jeter un oeil sur son téléphone
cellulaire. Dans un geste répétitif et pressé, son pouce glisse sur l’écran. Il fait défiler les publications
des nombreux comptes Twitter qu’il suit quotidiennement.


Pour Saïd, ce réseau social est comme le Parlement des Saoudiens, le Parlement qu’ils n’ont pas. Twitter
permet au peuple de s’exprimer, surtout sur les questions politiques, croit-il.


Ce matin-là, le jeune homme consulte les publications de Saoudiens exilés, dont plusieurs dissidents. En
accord ou pas avec leurs opinions, ceux qui s’intéressent à la politique doivent se renseigner sur ces gens,
estime-t-il.


La déception se lit sur son visage alors qu’il ferme son téléphone pour retourner travailler. Pourquoi ces
gens sont-ils partis à des milliers de kilomètres de l’Arabie saoudite? Ils devraient être ici. Au fond de
lui, il leur en veut d’avoir quitté le pays.


C’était sans savoir que, bientôt, il devra aussi prendre le chemin de l’exil…

L’erreur de Saïd


Saïd est un chiite qui vivait en Arabie saoudite jusqu’à récemment. Minoritaires dans le royaume, les chiites
s’estiment marginalisés par la majorité sunnite depuis des années. « Dès ton premier jour à l’école, ils te
disent que tu n’es pas un vrai musulman. On nous attaque dans les médias. On nous intimide sur Twitter »,
dit-il.


Pour protéger ses amis et ses proches toujours en Arabie saoudite, Radio-Canada a modifié son nom et quelques
détails de son récit, afin d’éviter qu’il ne soit reconnu.


Saïd ne se décrit pas comme un dissident. Depuis le printemps arabe de 2011, il constate cependant que les
gens de sa région manifestent de plus en plus leur exaspération envers le gouvernement.


Au fil des ans, la répression du régime contre les chiites s’accentue. Un de leurs plus importants leaders
religieux est arrêté puis exécuté en 2016, ce qui soulève l’indignation de la communauté chiite.


Saïd est aussi consterné par ce qui se passe au Yémen. Il déplore le rôle de l’Arabie saoudite dans ce
conflit, une des pires crises humanitaires dans le monde.


« Ce qui se passe au Yémen est un vrai désastre […]
Je me suis mis à en parler au bureau. Je parlais aussi de ce qui se passait dans ma communauté. »

– Saïd



Illustration d’un homme qui prête attention à une discussion.
Un homme écoute Saïd discuter avec des collègues. Photo : Illustration
de Sophie Leclerc pour Radio-Canada



Or, Saïd ne se doute pas qu’un collègue de travail porte une attention particulière à ce qu’il dit. Il est
convaincu que ce dernier a rapporté ses propos aux autorités saoudiennes.


« Je croyais qu’après tout notre temps comme collègues, il aurait pu se taire ou au moins me pardonner […]
J’étais une personne parmi des milliers qui parlaient. Mon erreur, ça a été de parler au mauvais endroit »,
regrette-t-il.


Ce faux pas changera sa vie.

L’agent des renseignements


Saïd perdra son emploi par la suite. Il est certain que ce qu’il a dit sur le conflit au Yémen en est la
cause. Ce n’était que le début de ses ennuis.


Un jour, il reçoit un appel d’un agent des services de renseignement du gouvernement saoudien, qui le
convoque à une rencontre dans un endroit public. Une fois sur place, son interlocuteur va droit au but, se
souvient Saïd : « T’as fait une erreur. On sait ce que t’as dit et où tu l’as dit. Maintenant, tu dois
collaborer avec nous pour que l’on puisse te pardonner. »


« Tu sais ce qu’on fait aux traîtres dans tous les pays du monde? », ajoute l’agent. Saïd comprend alors
qu’il risque de se faire tuer.

Les deux hommes marchent dans une rue sombre.
Saïd rencontre un agent des renseignements saoudiens. Photo : Illustration
de Sophie Leclerc pour Radio-Canada



Pour gagner du temps, il dit qu’il collaborera. Sa mission consiste à espionner des gens de la communauté
chiite… sa communauté.


La punition ne s’arrête pas là.

« À cause de moi, ils demandaient à ma femme de
collaborer avec eux. »

– Saïd



Ironiquement, Saïd considère que l’instabilité politique dans sa région lui a sauvé la vie. Les autorités
saoudiennes ont besoin d’espions dans la communauté chiite. « Ils ne m’ont pas tué parce qu’ils avaient
besoin de quelqu’un de mon village », dit-il.


L’idée de collaborer avec le régime rebute Saïd et sa femme. « Je savais que si j’espionnais ces gens, je les
mettrais en danger. Ils se feraient arrêter, torturer… ou même tuer, explique-t-il […] Ma femme et moi,
on avait un choix difficile à faire : soit on reste et on collabore, ou bien on s’enfuit. »

« On aurait eu l’impression d’avoir du sang sur les
mains en collaborant avec ce gouvernement. »

– Saïd



Ils décident de fuir l’Arabie saoudite.

Chercher refuge au Canada


Avec sa famille, Saïd demande l’asile au Canada, lui qui n’aurait pourtant jamais pensé quitter son pays, «
pas même une seconde », insiste-t-il.


« Je n’étais pas d’accord avec tout dans mon pays, mais c’est mon pays. Tu veux rester avec tes amis, avec
tes proches, dans ta communauté […] Tu ne peux pas t’imaginer loin de ta terre, tout en sachant qu’il sera
difficile de la regagner », dit-il en entrevue à Radio-Canada.

Illustration de Saïd et sa famille.
Saïd et sa famille dans un bureau du gouvernement canadien. Photo : Illustration
de Sophie Leclerc pour Radio-Canada



Pourquoi avoir choisi le Canada? Le pays est réputé pour son approche humanitaire, constate Saïd. « Il
accepte les gens qui fuient le danger. »


Les Saoudiens sont de plus en plus nombreux à quitter leur pays. Ceux qui ont demandé l’asile au Canada
aussi. Leur nombre est en hausse presque constante depuis près de 10 ans.




Les données disponibles pour 2018 confirment cette tendance : le Canada a reçu 274 dossiers de Saoudiens
demandant l’asile au cours des neuf premiers mois de l’année dernière.


Selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, le Canada arrive au deuxième rang des pays d’accueil des
réfugiés de l’Arabie saoudite, derrière les États-Unis. Les données de l’ONU permettent de confirmer la
tendance à la hausse de leurs demandes d’asile dans le monde.




La hausse du nombre des demandes d’asile de Saoudiens ne surprend pas Saïd. « Depuis l’arrivée de Mohammed
ben Salmane, c’est plus difficile qu’avant de vivre dans ce pays », dit-il.


Le prince héritier, surnommé MBS, projette l’image d’un réformateur qui a le désir de propulser la monarchie
saoudienne vers la modernité. Or, la multiplication des arrestations de défenseurs des droits de la personne
ces dernières années, puis l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans un consulat saoudien ont porté un
dur coup au vernis du futur roi.


Les projecteurs braqués sur le gouvernement saoudien ces derniers mois n’annoncent rien de bon pour Mohammed
ben Salmane, d’après Saïd. « Ce sont des jours noirs qui l’attendent. Il va payer un fort prix. Je ne crois
pas qu’il va devenir le roi », poursuit celui qui espère que la famille royale écartera le prince héritier du
pouvoir.

Illustration du prince devant la capitale Riyad.
Le prince héritier Mohammed ben Salmane. Photo : Illustration
de Sophie Leclerc pour Radio-Canada



Ce n’est cependant pas ce que croit l’ex-ambassadeur canadien Dennis Horak. « Les Saoudiens ne laisseront pas
le monde leur dire comment gérer leur pays », dit-il.


Le diplomate connaît bien l’Arabie saoudite. Il a été en poste dans ce pays de 2015 à 2018, puis déclaré
persona non grata en août dernier, dans la foulée de la querelle diplomatique avec le Canada au sujet de
l’emprisonnement des défenseures des droits de la personne.


Les demandes de commentaires envoyées aux Affaires étrangères saoudiennes par Radio-Canada pour ce reportage
sont restées sans réponse.




Le royaume du silence


Il fait moins 15 degrés. Le vent pousse la neige sur tout le Québec depuis deux jours. Grosses bottes chaudes
aux pieds et couvert d’un épais manteau d’hiver, Saïd ouvre la porte de son logement.


Une fois à l’intérieur, il s’assoit près de la table de la cuisine et sort son téléphone cellulaire de sa
poche. Ce soir encore, il lira des dissidents saoudiens sur Twitter et écoutera ce qu’ils ont à dire sur
YouTube.


Plusieurs de ceux qu’il suit aujourd’hui sur les réseaux sociaux sont les mêmes à qui il reprochait, il n’y a
pas si longtemps, d’être partis de l’Arabie saoudite.

« Quand je voyais ces gens s’enfuir, je ne pouvais pas
imaginer ce qu’ils ressentaient. Mais maintenant, je suis à leur place. »

– Saïd



Il saisit aujourd’hui toute l’importance de leur message. « Les gens à l’extérieur du royaume disent à ceux
qui y vivent : vous avez des droits de la personne et des droits politiques. »


Celui qui aurait pu devenir espion pour le régime après avoir trop parlé souhaite maintenant que les
Saoudiens deviennent assez informés pour parler à leur tour.


« La prise de conscience des gens, c’est ce qui inquiète le gouvernement », résume Saïd, qui appelle son pays
le « royaume du silence ». Cette prise de conscience peut devenir une arme pacifique importante entre les
mains du peuple, croit-il.


Saïd et sa famille ont aujourd’hui obtenu le statut de réfugié au Canada.



L’entrevue réalisée avec Saïd fait partie de nombreux témoignages qui seront présentés à l’émission Enquête
à 21 h (HE), jeudi, sur ICI Radio-Canada Télé.


Vous avez des informations à nous transmettre, écrivez à notre journaliste : gino.harel@radio-canada.ca.


Gino Harel journaliste,
Gaétan Pouliot coordination et édition,
Sonia Desmarais réalisatrice télé,
Éric Larouche chef de pupitre,
André Guimaraes développeur,
Francis Lamontagne designer
et Sophie Leclerc illustratrice

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Virtual farmer’s market comes to Ottawa

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Ottawa first-ever virtual farmer’s market has begun delivering food from local farms straight to people’s homes.

Farm to Hand is making it easier for people who cannot access their local farmer’s markets to find local, fresh organic food by bringing ordered food right to their doors. 

“The difference between us and the farmers market is really just the convenience and the on-demandness,” Sean Mallia, the co-founder of the business, told CBC Radio’s In Town and Out.

“[Often times a] person wants to make the purchase but they don’t have the time on Saturdays to go to the farmers market. Everyone wants to eat local … so when it’s easy for them to do it, it just happens.” In Town and Out No time to drive to the farmer’s market but really want to eat local?

Connecting farmers with people 

The online platform allows farmers to list all their own products, and buyers can have the goods delivered. 

“What we really are trying to do is build that connection between farmer and consumer,” Mallia said. “When people fill up a cart … they’re not just filling a cart full of food, they’re filling a cart full of farmers and farms and their stories.”

Mallia said the aim is to connect people to the “vibrant food ecosystem” around them, and to local support farmers.

The virtual market is currently limited to the Ottawa area as a pilot project, but Mallia, 21, said the company is looking to expand.

“[We chose Ottawa because] Ottawa really cares. Ottawa really thinks about local [food] and thinks about sustainability,” he said. “It just made sense to come out of Ottawa.”

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Denley: Stonebridge and Mattamy show compromise is possible over development in Ottawa

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In Ottawa, development proposals too often end up in acrimony and trips to the provincial planning tribunal. That’s why it’s so refreshing to see Mattamy Homes and residents of the south Nepean suburb of Stonebridge work together to resolve a dispute in a way that’s likely to lead to a victory for both sides.

A little over a year ago, Mattamy created an uproar in the golf course community when it announced a plan to build 158 new homes on golf course lands and alter the Stonebridge course to make it shorter and less attractive to golfers. To residents, it looked like the first step in a plan to turn most, or all, of the course into housing.

It’s easy to see why residents were upset. When people pay a premium for a lot backing onto a golf course, there is certainly an implication that the lot will continue to back onto a golf course, but without a legally binding guarantee, it’s no sure thing.

Mattamy’s situation was understandable, too. This is a tough time to be in the golf course business in Ottawa. There are too many courses and not enough golfers so it’s no surprise that golf course owners would find the idea of turning a course into a housing development to be attractive, doubly so when the golf course is owned by a development company.

This is a tough time to be in the golf course business in Ottawa. There are too many courses and not enough golfers so it’s no surprise that golf course owners would find the idea of turning a course into a housing development to be attractive.

In the face of the local opposition, Mattamy withdrew its development application. When things cooled down, the company, the neighbours and the city started to work together on finding a solution that would satisfy everyone.

With the city-sponsored help of veteran planning consultant Jack Stirling, they came up with an unusual idea that will still let Mattamy develop its desired number of homes, in exchange for a promise to operate the course for at least 10 years and redesign it so that it remains attractive to golfers.

At the end of the 10 years, Mattamy can sell the course to the community for $6 million. To raise the money, the community working group is proposing a special levy to be paid by Stonebridge homeowners starting in 2021. The amount will range from $175 a year to $475 a year, depending on property values.

If the deal is approved by a majority of homeowners, Mattamy gets its development and a way out of the money-losing golf business. Homeowners get certainty about no future development. They can choose to keep the course going or retain the 198 acres as green space. It’s not a cheap solution, but it keeps their community as it is and preserves property values.

If a majority of homeowners backs the deal, both the levy and redevelopment will still need to be approved by the city, something scheduled for late this fall.

Stonebridge Community Association president Jay McLean was part of the working group that prepared the proposal and he’s pleased with the outcome. The community’s number one goal was preserving green space, and the deal will accomplish that, he says. Mattamy division president Kevin O’Shea says the deal “gives the community the certainty they are looking for.”

As useful as this deal could be for Stonebridge residents, it doesn’t provide a template to resolve a somewhat similar dispute in Kanata North, where the owner of the Kanata Lakes golf course wants to work with a group of local developers to replace the course with housing. In Kanata, a longstanding legal agreement saying the community has to have 40 per cent open space strengthens residents’ situation. In Stonebridge, there was no legal impediment to developing the whole course.

Golf course communities have become an anachronism in a city intent on intensifying within the urban boundary. Redeveloping those lands for housing is in sync with the city’s planning goals, but it’s not politically saleable to homeowners who thought they had a deal. If it goes ahead, the Stonebridge plan shows there is a reasonable middle ground.

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City eyes five big themes for Ottawa’s new official plan

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As Ottawa maps out its future for the next 25-plus years, city staff propose focusing on five major areas, including the places we live and the ways we move around the capital.

A staff report to the city’s planning committee lays out five themes for future public consultations, before city council finalizes the plan.

1. Growth Management: City staff say Ottawa should focus on building up, rather than out. Staff also suggest the city provide direction on the type of new housing developments, rather than focusing on the number of units in a development, to encourage a wider variety of housing types.

2. Mobility: Staff say the city should encourage active transportation — like walking and cycling — and transit use by better co-ordinating land use and transportation planning. The report also encourages designing streets to better accomodate pedestrians and cyclists, as well as improving connections to the O-Train and Transitway.

3.  Urban and Community Design: Because Ottawa is a major city and the nation’s capital, staff say the design of our city’s buildings and skyline should be a higher calibre to reflect that status. Staff also suggest the city provide high-level direction for better designed parks and public spaces.

4. Climate, Energy and Public Health: Staff say residents’ health must be foundational to the city’s new official plan, with policies contributing to creating more inclusive, walkable, and sustainable communities.

5. Economic Development: Because much of Ottawa’s employment is knowledge-based, the city suggests those employment spaces could be better integrated into neighbourhoods and along main streets and transit nodes, instead of being isolated in business parks. City staff also suggest the city encourage more business incubation and identify opportunities to increase local food production.

The city’s new official plan will map out the city’s growth to 2046. The five themes and the plan’s high-level policy direction will go before the city’s planning committee, next week.

Public consultation and fine-tuning is expected to happen before city council approves the final version of the new official plan in 2021.

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