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Naturelle et heureuse, ou comment retrouver son cheveu et bien plus

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Un texte de Marie-Laure Josselin

Dans sa maison à Montréal, Judith Dorvil tourne les pages d’un album photos, les pages d’une grande partie de sa vie : une vingtaine d’années à dompter son cheveu, à grands coups de produits chimiques agressifs qui imposent une texture raide aux cheveux crépus.

Judith Dorvil plonge dans son album photos, dans lequel elle a presque toujours les cheveux défrisés. Ici, ils sont lisses car "repassés".Judith Dorvil plonge dans son album photos, dans lequel elle a presque toujours les cheveux défrisés. Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Le cycle a commencé à 12 ans lorsqu’elle a eu son gros cadeau, son premier défrisage dans un salon de coiffure, juste avant l’entrée au secondaire, car il fallait « être jolie, bien mise ». Et cela passait par des cheveux maîtrisés, lisses.

« Pour la première fois, on m’appliquait cette crème qui pique, brûle et sent mauvais ». Cette femme d’origine haïtienne née à Montréal se souvient du sentiment à la sortie du salon avec ses « cheveux hyper souples, très lisses avec une raie au milieu. Là, j’étais grande, j’étais prête pour entrer au secondaire ». Elle se rappelle même d’avoir sautillé sur le chemin pour que ses cheveux suivent le mouvement de son corps.

Judith continue de feuilleter l’album photos. Ici, sa mère et ses amies, là quelques copines, aussi d’origine haïtienne, toutes ayant les cheveux défrisés.

« Dans la communauté dans laquelle j’ai grandi, porter les cheveux crépus, les cheveux naturels n’était pas bien vu », raconte la quarantenaire. « Si tu allais dans une soirée haïtienne, c’était le party des cheveux lisses, toutes les femmes étaient comme ça », ajoute Ronald Georges, son conjoint.

Selon la sociologue antillaise, Juliette Sméralda, qui a écrit deux livres sur le sujet, le rejet du cheveu crépu et les origines de sa représentation négative dans le monde s’enracinent notamment dans l’histoire de l’esclavage.

Les Africains déportés ont été privés d’accessoires et de temps à consacrer à leur coiffure, ce temps qui était très long dans leur civilisation. Dans la civilisation plantationnaire, on est au service du maître, du travail non-stop, et le maître refusait catégoriquement de leur laisser le temps de s’occuper de leur hygiène corporelle.

La sociologue Juliette Sméralda

Pression sociale et publicité

Cette guerre aux cheveux crépus, bouclés, s’explique aussi par la pression sociale et tous les stéréotypes négatifs véhiculés.

« On dit que cela fait esclave, pas professionnel, négligé, qu’on ne trouvera pas de mari, pas de travail, qu’on travaille dans les champs, explique Esther Gabriel, alias Nel, du blogue Racines Crépues, une des premières à avoir documenté au Québec son retour aux cheveux naturels. Il y a une perception très négative, y compris par exemple dans des écoles en Afrique du Sud où on demande à des élèves de ne pas garder leurs cheveux au naturel. »

Dans certains pays, le cheveu lisse est même synonyme de richesse.

Esther Gabriel, alias Nel, regarde l'une des vidéos de son blogue Racines Crépues. Elle est l'une des premières à avoir documenté son retour au cheveu au naturel au Québec.Agrandir l’imageEsther Gabriel, alias Nel, est l’une des premières à avoir documenté son retour au cheveu au naturel au Québec sur son blogue Racines Crépues. Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

« Cette texture de cheveu est exposée à des jugements très sévères et s’accompagne d’un désir presque inaliénable de s’en défaire. Car le cheveu crépu déroge à l’étiquette, explique la sociologue Juliette Sméralda, l’étiquette étant un cheveu lisse domestiqué […] et en société, lorsque l’on sort, au travail, c’est la règle de l’étiquette qui prévaut. Donc, les femmes noires, au travail ou dans un cadre public, ont à se présenter de la même façon lissée que les femmes occidentales. »

D’ailleurs, la célèbre auteure nigériane Chimamanda Ngozi Adichie a déclaré que « si Michelle Obama avait porté ses cheveux au naturel, Barack Obama n’aurait jamais gagné! ». Pendant les deux mandats, l’ex-première dame est apparue les cheveux lissés, bien coiffés.

La première photo officielle de Michelle Obama avec les cheveux au naturel remonte à décembre dernier lorsqu’elle se montre tout sourire en première page du magazine Essence.

Michelle Obama s'affiche les cheveux au naturel dans l'édition de décembre 2018 du magazine Essence.Agrandir l’imageMichelle Obama s’affiche les cheveux au naturel dans l’édition de décembre 2018 du magazine Essence. Photo : Magazine « Essence »

La publicité n’aide pas avec son jargon négatif, notamment des publicités faisant l’apologie du cheveu lisse qui met en scène des petites filles affirmant que, pour entrer dans leur cercle, il faut être défrisée.

C’est ancré, même inconscient. Tu grandis, tu te fais défriser, puis après tu te demandes pourquoi tu fais ça!

Esther Gabriel

Et puis un jour

Le déclic, pour Esther, alias Nel, a été trois petites photos de Lauryn Hill, Jill Scott et Macy Gray portant leurs cheveux au naturel à la fin d’un magazine spécialisé pour cheveux noirs en 2009.

Pour Judith, ce n’est ni l’aspect financier, 200 $ par mois pour avoir ce cheveu lisse, ni ses cheveux de plus en plus cassants et son cuir chevelu abîmé qui ont été décisifs, c’est plutôt sa fille.

Judith Dorvil est nappy depuis presque 10 ans. Un retour au cheveu naturel qu'elle a fait radicalement quand sa fille lui a demandé d'avoir les mêmes cheveux lisses qu'elle. Agrandir l’imageJudith Dorvil est « nappy » depuis presque 10 ans. Un retour au cheveu naturel qu’elle a fait radicalement quand sa fille lui a demandé d’avoir les mêmes cheveux lisses qu’elle. Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

C’était il y a 9 ans. Maëlle, alors âgée de 3 ans, pleurait à chaudes larmes et hurlait, disant ne pas aimer ses cheveux et voulant avoir des cheveux lisses comme sa copine Alice et sa maman.

Judith, interloquée, se souvient d’avoir mis les mains dans ses cheveux et de lui avoir demandé : de quoi tu parles? Silence. Judith venait de prendre conscience qu’elle avait aussi les cheveux lisses. Les larmes aux yeux, elle a pris la tondeuse dans la salle de bain et s’est rasée.

Je venais de prendre conscience que j’avais la même souffrance que ma fille. C’est là que j’ai entrepris d’aimer mes cheveux. La prise de conscience a été terrible!

Judith Dorvil

De plus en plus nappy!

S’il y a 10 ans, produits et salons étaient rares, et que seuls quelques blogues, comme Racines Crépus, tentaient de guider les nouvelles nappy, aujourd’hui, la donne est autre. Ils se sont multipliés, alors que les ventes de produits lissants ont baissé de 37 % en cinq ans dans le monde.

Produits pour réparer et soigner les cheveux crépus et bouclés.Produits pour réparer et soigner les cheveux crépus et bouclés Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Le salon d’Abisara Machold-Adouco, une Ivoiro-Autrichienne aux tresses rastas, est la preuve de ce mouvement. Elle a débuté il y a six ans avec une table et deux étagères, désormais son Inhairitance emploie 22 personnes et une succursale ouvrira en Martinique.

Abisara Machold-Adouco, ivoiro-autrichienne qui porte de longues tresses rastas, est une des premières à avoir ouvert un salon pour cheveux au naturel à Montréal. Abisara Machold-Adouco, Ivoiro-Autrichienne, est une des premières à avoir ouvert un salon pour cheveux au naturel à Montréal. Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Je suis hyper fière et contente, car je vois cette mouvance comme une forme de soin, d’acceptation de soi, de sa culture, son héritage.

Abisara Machold-Adouco

Mais Abisara a de la difficulté à trouver des coiffeurs-coiffeuses spécialisés pour cheveux frisés, crépus.

En fait, « 65 % de la population mondiale a des boucles, et la majorité n’est pas servie correctement », précise-t-elle. Alors, elle les forme et ouvrira une académie de coiffure. Des appels à quelques écoles de coiffure de Montréal n’ont pas permis de trouver un cours spécialisé pour les cheveux crépus.

Danielle fait un shampoing à Mia avant son Big Chop, le moment où elle coupe tous ses cheveux qui ont été défrisés pour revenir au naturel. Agrandir l’imageDanielle fait un shampoing à Mia avant son Big Chop, le moment où elle coupe tous ses cheveux qui ont été défrisés pour revenir au naturel. Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Les grandes sociétés de cosmétologie ont, elles, changé de cap, car le marché du cheveu est un commerce florissant. Les femmes noires dépenseraient de trois à six fois plus que les femmes blanches pour leurs cheveux.

Héritage du mouvement des Black Panthers?

Dans les années 60-70, avec les Black Panthers et Angela Davis, la coiffure afro s’était déjà illustrée comme un moyen d’expression, d’affirmation politique et culturelle. Mais cette fois-ci, la mouvance est plus globale.

La façon politique par laquelle le mouvement des Black Panthers a amené la question du cheveu a fait que, lorsqu’on a tué dans l’œuf ce mouvement, la question du cheveu n’a plus été posée de la même façon. Ce qui a changé, c’est l’approche sociologique. Le mouvement nappy a une assise beaucoup plus sociale.

La sociologue Juliette Sméralda

La question du bien-être aussi est prise en compte, poursuit Nel, et cela passe par l’arrêt de pratiques extrêmement nocives.

« J’ai l’impression qu’il y a un éveil qui se passe. On parle cheveux, mais je pense que, de manière plus générale, les gens ont le goût d’être eux-mêmes », ajoute Judith.

Mia redécouvre ses cheveux sans produits défrisants sous les yeux de sa soeur et de la coiffeuse Danielle.Mia redécouvre ses cheveux sans produits défrisants sous les yeux de sa soeur et de la coiffeuse Danielle. Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Accompagnée de sa sœur pour la soutenir, Mia, 25 ans, s’apprête à faire son big chop, un grand moment dans la vie des femmes nappy. Il consiste à couper tout ce qui est défrisé, certaines rasent complètement, d’autres font une transition avec le risque toujours de retomber dans le défrisant.

Danielle coupe les mèches défrisées. Téléphone regorgeant de photos d’elle les cheveux lisses, les yeux fixés sur son reflet, Mia semble vivre quelque chose d’intime.

Mia, 25 ans, montre des photos d'elle les cheveux défrisés. Son téléphone en regorge. Mia, 25 ans, montre des photos d’elle les cheveux défrisés. Son téléphone en regorge. Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

C’est plus que me couper les cheveux, c’est une autre sensation […] je sens que je m’affirme, j’affirme ma négritude. C’est toute une fierté, et le naturel qui revient est très émouvant.

Mia, 25 ans

Elle marque une pause et avoue se dire intérieurement qu’elle se trouve « pas si pire, très belle même! »

Pour Judith, Nel, Mia, Danielle Abisara et d’autres, choisir de devenir nappy, c’est être à un cheveu « de son identité, de la liberté, de la fierté, de changer le monde, de s’accepter, de ne pas se conformer, de porter sa couronne ».

Le reportage de Marie-Laure Josselin est présenté à Désautels le dimanche sur ICI PREMIÈRE le 10 février dès 10 h.

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List of Tourist Attractions Open Now in Ottawa

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With Ontario now in Step 3 of 2021 three-step plan for reopening, museums and other indoor attractions are allowed to reopen with capacity limited to not exceed 50 per cent capacity indoors and 75 per cent capacity outdoors.

Here is a list of Ottawa attractions you can visit starting July 16th.

Do remember to wear masks and buy tickets in advance.

Parliament Hill

Parliament’s Centre Block and Peace Tower are closed for renovation.

You can join for tours of the Senate of Canada Building (2 Rideau Street), House of Commons at West Block (111 Wellington Street) on Parliament Hill, and East Block at East Block (111 Wellington Street) on Parliament Hill.

When: Grounds open; guided tours of Parliament are suspended through the summer of 2021.
Where: 111 Wellington Street, Downtown Ottawa

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Ottawa performer leapfrogs from gymnastics to Broadway to TV

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A new AppleTV+ series set in a magical town that’s stuck in a neverending 1940s musical includes a pair of Ottawa siblings in the cast. 

Warren Yang and his sister, Ericka Hunter, play two of the singing, dancing residents of the village portrayed in Schmigadoon!, a small-screen series that takes its cues from classic musicals like Brigadoon, Wizard of Oz and Sound of Music, and skewers them with the offbeat comedic mastery of Saturday Night Live. 

In fact, you’ll recognize many of the names from SNL, starting with executive producer Lorne Michaels, creator of the late-night, live-comedy sketch show. Schmigadoon! also stars SNL cast member Cecily Strong and comedian Keegan-Michael Key, who hosted SNL in May. They play a New York couple who get lost on a hike and stumble into a strange town where everyone sings and dances. 

For Yang, a relative newcomer to show-biz, the series marks his television debut. For Hunter, the younger of his two older sisters, it’s the latest in a career path that began with dance lessons as a child more than 30 years ago. She attended Canterbury High School, Ottawa’s arts-focused secondary school. 

“Her dream was always to perform,” said Yang, 34, in an interview. “But that was never the path I thought was an option for me.” 

While his sister studied dance, Yang did gymnastics. He was an elite gymnast throughout his youth, ultimately leaving Merivale High School at 16 to train in Montreal, finishing high school through correspondence courses. He was a member of the Canadian National Team and received a scholarship to study at Penn State, majoring in marketing. 

A few years after graduation, Yang was working at an advertising agency in Toronto when he got a call from a Manhattan number. To his astonishment, they asked if he would be interested in auditioning for a Broadway revival of Miss Saigon.

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COVID-19: uOttawa to require vaccination for students living in residence

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Vaccination will be mandatory for students who want to live in residence at the University of Ottawa this year, with proof of vaccination and at least one dose required before move-in, or within two weeks of doing so if they can’t secure a shot before arriving.

Those who can’t receive a vaccine for “health-related reasons or other grounds protected under the Ontario Human Rights Code” will be able to submit a request for accommodation through the university’s housing portal, according to information on the university’s website.

Students with one dose living in residence will also have to receive their second dose “within the timeframe recommended by Ottawa Public Health.”

People who haven’t been granted an exemption and don’t get vaccinated or submit proof of having done so by the deadlines set out by the school will have their residence agreements terminated, uOttawa warns.

“Medical and health professionals are clear that vaccination is the most (effective) means of protecting people and those around them,” reads a statement provided to this newspaper by uOttawa’s director of strategic communications, Patrick Charette.

Article content

“It is precisely for this reason that the University of Ottawa is requiring all students living in residence for the 2021-2022 academic year to be fully vaccinated. The University recognizes that some students may require accommodations for a variety of reasons and will be treating exceptions appropriately.”

Faculty, staff and students are also strongly encouraged to get vaccinated, the statement notes.

“Ensuring a high vaccine coverage in all communities is critical to ensuring an ongoing decline in cases and ending the pandemic. This will be especially important with the return of students to post-secondary institutions in our region in the fall of 2021.”

Neither Carleton University nor Algonquin College is currently mandating vaccination for students living in residence, according to the websites for both schools. But uOttawa isn’t alone in its policy – Western University, Trent University, Durham College and Fanshawe College have all implemented similar requirements. Seneca College, in the GTA, is going even further, making vaccination mandatory for students and staff to come to campus, in-person, for the fall term.

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