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De faux comptes Twitter étrangers contre les pipelines et l’immigration au Canada

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Un texte de Jeff Yates avec Roberto Rocha

Au total, quelque 21 600 messages Twitter de ces faux comptes ont directement visé les Canadiens. De plus, un réseau de comptes automatisés a agi de façon concertée pour amplifier des messages négatifs envers des projets de pipelines canadiens, dont les pipelines Keystone XL et Kinder Morgan.

Twitter a supprimé ces comptes depuis. Le réseau social suspecte qu’ils étaient gérés en Russie, en Iran et au Venezuela.

Dès 2013, 245 de ces faux comptes ont partagé les publications d’activistes, de politiciens et de médias canadiens, notamment concernant les possibles impacts environnementaux des projets et l’opposition citoyenne.

Le plus grand nombre de partages de publications au sujet des pipelines a eu lieu le 24 janvier 2017, alors que le président américain, Donald Trump, signait un décret présidentiel donnant le feu vert aux projets Keystone XL et Dakota Access. En tout, des tweets mentionnant ces pipelines ont été partagés quelque 9240 fois au total au Canada et aux États-Unis.

Même si ces faux comptes et leurs publications ne sont plus disponibles sur Twitter, le réseau social les a rendus publics le 3 février (Nouvelle fenêtre). Cela s’inscrit dans une volonté de Twitter d’être plus transparent et de combattre l’ingérence étrangère lors d’élections.

L’année dernière, Radio-Canada et CBC (Nouvelle fenêtre) rapportaient que de faux comptes russes semblaient avoir tenté de semer la division au Canada en retweetant des messages polémiques à propos d’enjeux controversés comme les réfugiés et l’immigration. Cette nouvelle base de données démontre que des campagnes semblables auraient pu provenir d’autres pays.

Les faux comptes iraniens fustigent les pipelines

Les gestionnaires des faux comptes semblaient bien connaître le débat des pipelines au Canada, partageant les publications de plusieurs de ses figures clés.

L’activiste canadien Mike Hudema, de Greenpeace, figure au huitième rang des comptes les plus partagés par ces comptes. M. Hudema s’est montré farouchement opposé aux pipelines et au développement des sables bitumineux. Les faux comptes éliminés par Twitter ont partagé ses publications 53 fois au total.

Beaucoup de ces faux comptes avaient peu d’abonnés, mais leur comportement indique qu’ils essayaient potentiellement d’amplifier et d’orienter le débat sur Twitter, selon Kate Starbird, professeure adjointe au département du design et de l’ingénierie centré sur l’humain à l’Université de Washington.

Mme Starbird a étudié les discussions en ligne à propos du mouvement Black Lives Matter en 2016. Elle a déterminé que de faux comptes russes avaient réussi à infiltrer des mouvements militants dans les deux camps et les avaient mis en opposition. « Ils essaient de s’immiscer dans une communauté très active politiquement, d’amplifier leurs messages pour avoir l’air d’être un d’eux, puis de graduellement essayer d’orienter le message pour mieux refléter leurs objectifs politiques, affirme-t-elle. Tous les comptes ne réussiront pas, mais une fois de temps en temps, ça fonctionne. »

Même si les faux comptes supprimés par Twitter ont publié relativement peu de tweets au Canada et généré peu de réactions, ils auraient pu quand même représenter une menace s’ils avaient été laissés en ligne, croit Mme Starbird. Elle explique que plusieurs chercheurs avaient détecté des traces de campagnes d’ingérence sur le web il y a quelques années, mais les ont ignorées puisqu’elles étaient à petite échelle. « Ces campagnes étaient probablement importantes à l’époque, mais nous n’avions pas saisi ce qui se passait », reconnaît-elle.

L’Iran, le pétrole et les pipelines

Bien que Twitter ne peut pas confirmer que les 2617 faux comptes iraniens sont liés au gouvernement de ce pays, le réseau social affirme avoir supprimé les comptes pour avoir participé à « une campagne d’influence que nous croyons potentiellement provenir de l’Iran ».

Selon Sami Aoun, professeur à l’Université de Sherbrooke et expert en politique au Moyen-Orient, l’Iran a intérêt à voir les projets de pipelines canadiens et américains achopper. Le gouvernement utilise aussi la propagande sur le web pour en arriver à ses fins, selon lui.

« Les Iraniens tentent de court-circuiter les sanctions américaines en vendant leur pétrole en Asie. Pour garder un certain avantage en Chine et en Inde, il se peut qu’ils essaient d’empêcher le Canada de développer des pipelines, qui pourraient permettre au Canada d’avoir un meilleur accès à ces marchés », explique M. Aoun, directeur de l’Observatoire du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord de la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal.

L’année dernière, le Congrès américain avait constaté que de faux comptes tentaient d’influencer le débat sur les pipelines (Nouvelle fenêtre) au Canada et aux États-Unis. Plus de 9000 publications sur de nombreux réseaux sociaux liés à l’ingérence politique russe avaient été identifiées par un comité de la Chambre des représentants.

La stratégie d’Ottawa

La décision de Twitter de dévoiler la liste de ces faux comptes et leurs publications est survenue moins d’une semaine après que le gouvernement du Canada ait mis en place une série de mesures pour combattre l’ingérence étrangère visant les élections au pays.

En vue du scrutin d’octobre, la ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, a annoncé le 30 janvier la création du Groupe de travail sur les menaces en matière de sécurité et de renseignement visant les élections (MSRE). Ce groupe comprend :

  • le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS);
  • la Gendarmerie royale du Canada (GRC);
  • le Centre de sécurité des télécommunications (CST)
  • Affaires mondiales Canada (AMC).

Il a pour mandat entre autres de surveiller les tentatives d’ingérence étrangères sur le web.

« Bien que les médias sociaux et les plateformes numériques ont créé des endroits qui permettent aux Canadiens de dialoguer à propos d’enjeux importants, elles ont aussi été manipulées pour propager de la désinformation, créer la confusion et exploiter les divisions sociales, affirme Amy Butcher, porte-parole de la ministre Gould. Nous nous attendons à ce que ces [réseaux sociaux] prennent des mesures concrètes pour combattre la manipulation. »

Par ailleurs, l’année dernière, le Centre de sécurité des télécommunications a publié un rapport détaillant les cybermenaces potentielles visant la démocratie canadienne. Les réseaux de faux comptes automatisés et les campagnes d’influence sur les réseaux sociaux faisaient partie des menaces identifiées. Joint pour commenter cette nouvelle tentative, un porte-parole du CST a affirmé que l’agence « ne peut pas commenter des acteurs potentiels de menaces, leurs activités ou quelconque opération du CST ».

Kate Starbird pense quant à elle que l’ingérence politique est l’affaire de tous. « Si vous êtes un être humain sur cette Terre et vous passez du temps en ligne, j’assume que vous allez voir tôt ou tard quelque chose qui provient d’une des campagnes d’influences présentement en place », soutient-elle.

Ailleurs dans le monde

Plusieurs pays occidentaux s’inquiètent de l’ingérence étrangère sur les réseaux sociaux.

Pendant la campagne présidentielle de 2016 aux États-Unis, une vaste campagne liée à l’Internet Research Agency (IRA), une « usine à trolls » basée à Saint-Pétersbourg et réputée proche du Kremlin a été déterrée par de nombreux chercheurs, journalistes et agences gouvernementales américaines.

En février 2018, 13 ressortissants russes liés à l’IRA ont été inculpés par le procureur spécial Robert Mueller pour avoir participé à une possible tentative d’influence sur la politique américaine.

Les comptes automatisés russes ont amplifié la crainte de l’immigration

En plus de la possible campagne d’influence iranienne, une série de faux comptes russes ont aussi tenté de viser les Canadiens, cette fois-ci avec des messages qui cherchaient à amplifier les craintes de l’immigration et les théories conspirationnistes.

Une bonne partie de ces messages semblent avoir été publiés en réaction à des sujets d’actualité, comme la tuerie de la mosquée de Québec, en janvier 2017, ou l’annonce du président Trump de vouloir bloquer l’arrivée de citoyens de certains pays à forte majorité musulmane.

Dans la plupart des cas, le même tweet, souvent copié d’un vrai compte, a été amplifié par l’ensemble du réseau de faux comptes. Ces messages, par exemple, ont été propagés de multiples fois (traduction libre de l’anglais).

  • Le 9 septembre 2015 : « Il est maintenant temps de porter le blâme : #Alyan et le mythe d’un #Canada « généreux »! #CriseRéfugiés #Réfugiés »
  • Le 28 janvier 2017 : « Le Canada veut accueillir des “réfugiés” musulmans non vérifiés qui ont été arrêtés dans des aéroports américains »
  • Le 15 juillet 2017 : « Le mondialiste Trudeau demande aux Américains de se débarrasser de leurs frontières et du slogan “l’Amérique en premier” »

De faux comptes liés à la Russie ont aussi partagé des messages d’au moins 24 Canadiens qui faisaient la promotion de la conspiration QAnon. Cette théorie complotiste avance qu’un membre de l’administration Tump publie secrètement des messages sur le forum anonyme 8chan, se faisant passer pour un certain « Q ».

Cette personne a fait une panoplie d’affirmations sans fondement. En octobre 2017, elle indiquait que la candidate à la présidentielle américaine, Hillary Clinton, était sur le point d’être arrêtée et jetée devant un tribunal militaire. Depuis maintenant un an, cette personne laisse croire que M. Trump déclenchera sous peu « la Tempête » (« The Storm »), une sorte de coup d’État interne qui vise à expier les ennemis de « l’État profond » (« Deep state ») du gouvernement américain. En dépit des promesses de « Q » dans quelque 2600 publications, aucune de ces prédictions ne s’est avérée.

L’arrivée de cette conspiration américaine au Canada en a fait sourciller plusieurs. Des slogans de QAnon ont été repérés lors de manifestations des gilets jaunes dans de nombreuses villes canadiennes en fin 2018.

Méthodologie

Nous avons téléchargé et analysé 9,6 millions de publications provenant de faux comptes rendus publics par Twitter. (Nouvelle fenêtre)

Pour isoler les publications qui visaient les Canadiens, nous avons utilisé 67 mots-clés en anglais contenant le nom de personnalités canadiennes connues (Justin Trudeau, Andrew Scheer, Ezra Levant), des lieux (Toronto, Alberta), des organismes (Kinder Morgan, CBC, NPD), en plus de mots-clics populaires, comme #cdnpoli, #onpoli et #polqc.

Ces tweets ne représentent pas nécessairement tous ceux qui parlent du Canada, et certains messages qui visent des Américains ont pu se retrouver dans cette base de données.

Le code utilisé pour analyser les tweets se retrouve sur GitHub (Nouvelle fenêtre) (en anglais seulement).



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Des problèmes d’ouïe préoccupants chez des interprètes du fédéral

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Le premier de deux reportages

Les symptômes rapportés s’apparentent à ceux d’une commotion cérébrale, comme des nausées, des vomissements, une perte d’équilibre, des évanouissements, une désorientation et même une perte d’audition, explique Nicolas Bois, président de la section locale du Bureau de la traduction pour l’Association canadienne des employés professionnels (ACEP).

Dans les trois dernières années, les 72 interprètes permanents du Bureau ont rapporté 28 incidents de ce genre. Dans six cas, une intervention médicale immédiate a été nécessaire.

Un homme en entrevue dans un bureau. Nicolas Bois est président de la section locale du Bureau de la traduction pour l’Association canadienne des employés professionnels. Photo : Radio-Canada

Au moins un fonctionnaire fédéral a subi un choc acoustique ayant mené à une perte d’audition qui pourrait être permanente, précise M. Bois.

Quelques secondes qui changent une vie

Interprète depuis 19 ans, Craig Pollock travaille autant dans le secteur privé que pour le Bureau de la traduction.

Lors de contrats dans le privé, M. Pollock a subi trois chocs acoustiques, mais les risques sont présents dans tous les milieux de travail, selon lui. Il compare à un impact physique le bruit soudain, très élevé, qui l’a ébranlé à l’hiver 2017.

C’est comme si quelqu’un prenait deux marteaux et frappait les deux oreilles en même temps.

Craig Pollock, interprète pigiste

Craig Pollock raconte avoir subi une commotion cérébrale après ce choc. J’avais tous les symptômes, la nausée, le mal de tête instantané, etc.

Depuis, il explique percevoir difficilement certains sons. Un audiologiste lui aurait indiqué que ces dommages seront sans doute permanents.

Un homme en entrevue à la caméra.Craig Pollock est interprète depuis 19 ans. Photo : Radio-Canada

Un an plus tard, Craig Pollock a subi deux autres chocs acoustiques en moins de 24 heures. Je me sentais étourdi, avec la tête épaisse comme dans un brouillard, se souvient-il.

Craig Pollock ajoute devoir maintenant endurer des acouphènes constants dans l’oreille gauche. C’est un sifflement, constant, c’est pas facile, ça rend l’ouïe plus difficile, déplore-t-il.

Les chocs acoustiques, un phénomène en croissance

Au quotidien, les interprètes du gouvernement fédéral traduisent en direct notamment des conférences, des comités parlementaires et les débats à la Chambre des communes.

Autant dans le secteur privé qu’au gouvernement fédéral, les interprètes courent plus de risques de subir des chocs acoustiques avec le développement des communications à distance. De plus en plus de participants aux conférences s’y connectent, par exemple, avec des téléphones cellulaires et des fonctions Bluetooth.

Vue d'ensemble de la Chambre des communes. Plusieurs députés qui siègent à la Chambre des communes ont recours aux interprètes pour traduire les propos de leurs collègues. Photo : Radio-Canada

Différentes sources sonores pénètrent donc à des niveaux variés dans les appareils utilisés pour l’interprétation simultanée.

Quand les interprètes entendent mal, ils haussent le volume [de leurs écouteurs] et s’il y a un effet Larsen ou un autre bruit strident, les conséquences peuvent vraiment être néfastes, illustre Linda Ballantyne, qui est interprète depuis 30 ans et présidente locale du Canada pour l’Association internationale des interprètes de conférence (AIIC).

Les risques sont encore plus graves et plus fréquents.

Linda Ballantyne, présidente locale du Canada pour l’AIIC

De plus, aucun de ces appareils utilisés au Parlement et au sein de la fonction publique fédérale ne respecte les nouvelles normes internationales d’interprétation. Le spectre de fréquences qu’ils émettent se situe bien en dessous du niveau nécessaire pour l’obtention d’un son clair.

Toujours pas de solution à long terme

La situation est devenue problématique à un point tel que le Bureau de la traduction prévoit dépenser 450 000 $ sur deux ans et demi pour trouver une solution. Cette somme ne comprend pas l’argent qui devra être investi pour sa mise en oeuvre.

Le gouvernement a lancé une demande de proposition pour que le secteur privé puisse concevoir une plateforme numérique d’interprétation à distance permettant de mieux contrôler le son et protéger l’ouïe des interprètes.

Gros plan d'une oreille. Le Bureau de la traduction prévoit dépenser 450 000 $ sur deux ans et demi pour trouver une solution aux problèmes auditifs des interprètes. Photo : Radio-Canada

Le Bureau de la traduction souhaite aussi établir un protocole obligeant tous ses clients à avoir des limiteurs de sons sur leurs consoles, sans quoi les interprètes n’offriraient pas leurs services. Le dossier a été déposé à la sous-ministre en janvier.

La solution existe-t-elle déjà?

En apparence complexe, les dispositifs permettant de contrôler le son sont pourtant utilisés depuis longtemps dans les appareils auditifs, soutient l’audioprothésiste François Sasseville.

La prothèse auditive joue exactement le même rôle, selon lui, c’est-à-dire qu’elle module des sons variés à des intervalles rapprochés, comme ceux d’un pleur de bébé à 100 décibels, suivi d’un chuchotement à 50 décibels.

Tout ça, ça peut se faire dans une prothèse auditive, donc je ne vois pas pourquoi ça ne peut pas se faire dans le cas des interprètes.

François Sasseville, audioprothésiste
Gros plan sur des mains qui tiennent une prothèse auditive. Une prothèse auditive. Photo : Radio-Canada

Une solution temporaire avec des risques pour la santé

En attendant, le gouvernement a fourni aux interprètes un dispositif permettant de limiter le son émis par les écouteurs.

Le président-directeur général du Bureau de la traduction reconnaît que cette solution temporaire n’est pas idéale. C’est pas le meilleur outil, mais en anglais on dirait que c’est un outil de “last resort”, mais au moins les interprètes ont un outil qui va les protéger pendant que ces changements-là arrivent et que l’équipement est de plus haute qualité, indique Stéphan Déry.

Un dispositif pour limiter le son placé sur un comptoir. Un limiteur de son comme ceux fournis aux interprètes. Photo : Radio-Canada

Ce mécanisme n’élimine toutefois pas tous les risques de choc acoustique, prévient Nicolas Bois.

Les employés seront satisfaits lorsque le risque sera réduit à zéro.

Nicolas Bois, président de la section locale du Bureau de la traduction pour l’ACEP

Après avoir accepté une première fois d’accorder une entrevue à la caméra à Radio-Canada, le président de la section locale du Bureau de la traduction pour l’ACEP s’est désisté à la dernière minute, invoquant la nature délicate du dossier. Après consultation d’un avocat et d’un agent des relations de travail, Nicolas Bois a indiqué ne pas vouloir « provoquer la partie patronale ».

M. Bois a finalement accepté à nouveau de nous accorder une entrevue. Il a alors assuré que les relations entre le syndicat et l’employeur ne sont pas tendues.



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Ces transhumanistes qui promettent l’immortalité

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Un badge défie la gravité au bout de l’annulaire de Dorian Kodelja. Comme dans tous les tours de magie, il y a une explication logique. Celle-ci est tout de même un peu inattendue. Le badge, loin d’échapper aux lois de la physique, est plutôt maintenu entre ciel et terre grâce à un petit aimant que Dorian s’est fait implanter au bout du doigt.

Le jeune homme, doctorant en intelligence artificielle, est un transhumaniste. Il croit que le corps de l’humain peut passer outre à certaines limites, et il est prêt à expérimenter de nouvelles sensations et fonctions avec son propre corps.

Un badge se colle comme par magie sur la main de l'homme.Un aimant est implanté dans le doigt du transhumaniste Dorian Kodelja. Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Cet aimant lui permet maintenant de ressentir les champs électromagnétiques comme ceux émis par les fours à micro-ondes.

« Cela me permet de comprendre ce que ça fait que d’avoir un nouveau sens. Quand mon doigt vibre, je le ressens un peu comme une odeur de brûlé. Mon cerveau s’est adapté à cette nouvelle sensation », explique Dorian Kodelja.

Je ne vois pas mon corps comme un sanctuaire. Je suis prêt à y intégrer plein de choses, du moment qu’elles sont sécuritaires.

Dorian Kodelja
Dorian Kodelja.Le transhumaniste Dorian Kodelja Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Dorian dit qu’il ne voit donc aucun problème à utiliser son corps de toutes les façons afin de tirer profit de la richesse du monde. C’est une partie seulement de l’idéologie transhumaniste, qui va beaucoup plus loin.

Téléverser son cerveau pour ne pas mourir

Le pape du mouvement, l’ingénieur et futurologue Raymond Kurzweil, ambitionne carrément d’en finir avec la mort. Il croit que dans quelques décennies, la puissance informatique et les développements de la science permettront de ne plus mourir… ou à tout le moins de téléverser son cerveau dans le nuage informatique afin de continuer à exister sous la forme d’un pur esprit jusqu’à la fin des temps.

Le spécialiste en intelligence artificielle a cofondé l’université de la singularité et est maintenant l’un des directeurs de Google. L’arrivée de ce théoricien du transhumanisme au sein du géant du web a renouvelé l’intérêt pour le mouvement. L’un des porte-parole de l’Association française transhumaniste, Florent Boissonnet, ne cache pas son enthousiasme.

On commence à penser que ça peut être possible. On va peut-être avoir une annonce de Google concernant un traitement pour augmenter la longévité. Peut-être demain? Dans 5 ans? Peut-être jamais aussi. On ne sait pas.

Florent Boissonnet, de l’Association française transhumaniste
Florent Boissonnet,.
      Florent Boissonnet, porte-parole de l’Association française transhumaniste Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Il cite la compagnie Calico qui veut allonger la vie humaine. Ou encore Neuralink, compagnie du milliardaire Elon Musk, dont les travaux portent sur les interfaces cerveaux-machines. Et des tas d’applications qui sont aujourd’hui réservées à des personnes handicapées ou atteintes de certains problèmes médicaux, mais qui pourraient bien devenir accessibles au commun des mortels d’ici quelques années.

Le rêve d’augmenter l’humain

Un point en commun entre ces projets : il s’agit toujours d’augmenter l’humain. Des chantres du projet transhumaniste comme l’Américain Tim Cannon refusent les limites biologiques de notre espèce. Pendant quelques mois, il s’est même fait insérer, directement sous la peau, un dispositif de la taille d’un iPhone afin de transmettre ses données biométriques directement à son téléphone.

Le scientifique anglais Kevin Warwick va même plus loin en affirmant que, dans l’avenir, ceux qui refuseront de s’augmenter seront handicapés par rapport au reste de la population qui choisira la voie transhumaniste.

En France, l’un des plus influents porte-parole du transhumanisme est probablement le médecin et entrepreneur du web Laurent Alexandre.

Auteur d’un livre intitulé La mort de la mort, il est persuadé que les enfants qui naissent aujourd’hui vivront beaucoup plus longtemps. Il croit qu’ils profiteront d’avancées techniques et biomédicales que l’on n’imagine pas encore, mais qui commenceront à faire leur apparition dans une trentaine d’années, soit quand l’intelligence artificielle dépassera celle des humains, prévoit-il.

Cela pourrait signifier des puces dans le cerveau ou d’autres types d’augmentation. Qu’en sera-t-il alors de l’inviolabilité du corps ou de la dignité humaine? Il croit que ces principes vont fluctuer pour s’adapter à un nouveau contexte.

La plupart des gens accepteront les propositions des transhumanistes. Pour moins souffrir et moins mourir. Nous ne nous verrons pas de la même façon dans le futur. Les modifications dont nous parlons aujourd’hui paraîtront naturelles à nos descendants.

Laurent Alexandre, médecin et entrepreneur du web
Laurent Alexandre est en train de parler au micro devant un lutrin.         Laurent Alexandre, lors d’un dîner-conférence devant les membres du Cercle de l’union interalliée à Paris en novembre 2018 Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Le transhumanisme, une utopie?

Le projet transhumaniste est loin de faire l’unanimité et reçoit de virulentes critiques dans le monde de la science et de l’éthique. Jacques Testart est justement au confluent de ces deux mondes.

Le biologiste, connu comme le père du premier bébé-éprouvette français, est un scientifique, mais aussi un bioéthicien de renom. Il a publié il y a quelques mois un livre intitulé Au péril de l’humain – Les promesses suicidaires des transhumanistes. Pour lui, rien dans l’état actuel de la science ne valide les idées et les projections des transhumanistes.

Ils vous disent qu’on va mettre le contenu de nos cerveaux sur un disque dur. Cela ébahit les gens. Mais la vérité c’est qu’on n’a strictement aucune idée comment faire ça! Il n’y a aucune base scientifique!

Le biologiste Jacques Testart
Jacques Testart.                  Jacques Testart, rencontré chez lui en banlieue de Paris. Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Il rappelle que l’on ne sait presque rien du génome et du fonctionnement du cerveau. Partisan d’une science lente et précautionneuse, il est persuadé qu’il faudra encore de très nombreuses années avant de voir certains volets du projet des transhumanistes devenir possibles. Mais, de toute façon, il rejette en bloc à peu près tout ce qu’ils proposent.

Pour moi le transhumanisme, c’est le nouveau nom de l’eugénisme. Fabriquer des individus identiques et hyperperformants, moi, j’appelle cela du clonage social.

Le biologiste Jacques Testart

Ses reproches ne s’arrêtent pas là. Pour Jacques Testart, le transhumanisme n’est pas un projet de société, mais plutôt un amalgame d’aspirations individuelles et égoïstes. Il cherche sans les trouver les valeurs collectives et citoyennes dans ce mouvement.

Ce sont des libertariens qui créent de nouveaux mythes en promettant l’immortalité. Il y a même une forme de violence contre ceux qui ne se soumettraient pas à ce nouvel idéal.

Le biologiste Jacques Testart

« Cela ne fonctionnera pas, mais ça fait quand même du mal à notre espèce, car cela isole les gens. Où est l’empathie? Où est la solidarité dans tout ça? Il ne faudrait pas oublier que si Homo sapiens a réussi à s’imposer, c’est surtout grâce à la coopération qui caractérise notre espèce », observe Jacques Testart.




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Huawei survivrait-elle à des sanctions américaines?

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Soupçonnée notamment d’espionnage industriel et de fraude bancaire, la firme chinoise serait assez puissante pour encaisser les millions de dollars américains d’amendes que pourrait lui imposer le département américain de la Justice.

« C’est une très grande compagnie si l’on regarde son chiffre d’affaires. Elle offre également un bon rapport qualité-prix », estime Zhan Su, professeur au Département de management à l’Université Laval et titulaire de la chaire Stephen-A.-Jarislowsky en gestion des affaires internationales.

Huawei est, depuis l’été 2017, le deuxième producteur de téléphones intelligents en importance dans le monde, derrière le coréen Samsung et devant l’américain Apple.

L’entreprise chinoise est également en tête pour ce qui est des équipements de réseaux de télécommunication (tours cellulaires, modems, etc.) devant Nokia et Ericsson.

Un panneau publicitaire de Huawei est visible devant un magasin Apple dans une rue de Shanghai.Huawei est l’un des trois principaux fournisseurs de téléphones intelligents au monde, devant Apple. Photo : Getty Images / STR

Ce qui pourrait faire mal à Huawei, ce sont de potentielles sanctions contre les banques américaines qui font affaire avec l’entreprise, un scénario que M. Su juge peu probable.

« Les Américains contrôlent le système financier global. Si les Américains imposent une sorte de sanction contre toutes les banques qui font affaire avec Huawei, ça pourrait être très très dur. Fatal? Je ne crois pas. »

Le cas de ZTE

La situation entre Huawei et les États-Unis n’est pas sans rappeler une crise similaire qui avait opposé le gouvernement américain à une autre firme chinoise en mars 2017.

À l’époque, l’entreprise ZTE avait plaidé coupable à des accusations de non-respect des sanctions économiques américaines contre l’Iran. La firme s’était engagée à payer une somme de plus d’un milliard de dollars américains.

Or, ZTE n’a pas respecté son engagement et le gouvernement Trump avait empêché certaines entreprises américaines de fournir du matériel à ZTE, ce qui l’a poussée vers la faillite.

Un homme passe devant un écran présentant la valeur de différentes actions boursières, dont celle de ZTE.La valeur des actions de ZTE avait chuté de 39 % en juin 2018 après une entente entre la compagnie chinoise et le gouvernement américain. Photo : Getty Images / Philip Fong

Cette interdiction a depuis été levée par les États-Unis, mais l’histoire ressemble beaucoup à celle de Huawei, selon M. Su. Il rappelle que les deux entreprises sont perçues comme des menaces par les Américains; elles évoluent dans le domaine de la télécommunication et auraient outrepassé les sanctions contre l’Iran.

« Huawei est beaucoup moins dépendante [que ZTE] des pièces fournies par des compagnies américaines, explique le professeur. Elle importe beaucoup, mais elle détient beaucoup de monnaies d’échange. »

Dépendance asymétrique

M. Su précise que Huawei détient près de 46 % des brevets en lien avec la technologie 5G, la prochaine révolution technologique dans le domaine des télécommunications.

Le professeur poursuit en précisant que Huawei a « peu besoin » du marché américain pour se développer.

Ce sont plutôt les pays occidentaux qui se retrouveront avec un casse-tête s’ils prennent la décision, à l’instar des Américains, d’empêcher la firme chinoise de faire des affaires sur leur territoire.

« La technologie de 5G fournie par Huawei est beaucoup plus intéressante que les autres compagnies et c’est peut-être la seule grande entreprise qui peut la commercialiser maintenant », estime M. Su, qui ajoute que les pays refusant de faire affaire avec la compagnie chinoise pourraient accuser d’importants retards dans la mise en place de cette nouvelle technologie.

Un homme tend la main vers une présentation vidéo d'une tour de télécommunication devant plusieurs journalistes.Huawei a présenté en janvier 2019 ses équipements pour le réseau 5G à Pékin en Chine. Photo : Getty Images / Fred Dufour

Au Canada, les entreprises Bell et Telus ont émis des réserves quant à une interdiction pour Huawei de s’implanter au pays.

« Les équipements Huawei sont déjà bien présents dans les réseaux de télécommunications actuels au Canada [le 3G et le 4G]. De passer au 5G, ce n’est pas d’éliminer toutes les anciennes infrastructures, c’est plutôt d’utiliser ce qui existe déjà », explique M. Su.

C’est sans compter que l’entreprise peut toujours se tourner vers les marchés asiatiques, africains et sud-américains où elle est déjà bien implantée.

En 2017, 15 % des ventes d’appareils mobiles de Huawei avaient été réalisées en Amérique latine, au Moyen-Orient et en Afrique.

Dans tous les cas, Zhan Su rappelle que les pays occidentaux doivent faire preuve de prudence lorsqu’ils font affaire avec Huawei, sans toutefois tomber dans un état de crainte injustifiée.

« Il y a un calcul économique et il y a la question de la sécurité nationale, rappelle-t-il. La question de sécurité nationale ne se pose pas nécessairement en termes de faits, de menaces tangibles qui justifient nos actions. C’est plutôt une sorte de doute. »

Le professeur rappelle que les États-Unis et d’autres pays enquêtent sur Huawei depuis une dizaine d’années sans qu’aucune menace réelle n’ait été dévoilée.

« Notre système juridique se base sur la présomption d’innocence, estime-t-il. Est-ce qu’on va prendre une décision en fonction uniquement de doutes? »



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